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Zone frontière
( Thaïlande 2005 )
Manon Ott et Grégory Cohen

Camp de réfugiés de Mae La – Thaïlande
L’agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) estime à 140 000 le nombre de personnes vivant dans les camps en Thaïlande (ce chiffre exclut toutes les personnes y vivant temporairement). Bien que ces populations y trouvent un refuge, de l’aide alimentaire et des
services médicaux, la vie n’y est pas tous les jours commode. Les réfugiés n’ont pas le droit de sortir des camps ni de travailler. Le temps d’attente est long. Certains sont là depuis près de quinze ans et parfois les enfants ne connaissent que la vie dans le camp. Difficile de rêver et d’avoir des projets dans ces conditions. Mais pour l’instant les combats qui perdurent entre l’armée karen et l’armée birmane ne permettent pas de retour au pays.


Enfants de la frontière
L’orphelinat de Hsa Too Lei est une école clandestine située à Mae Sot, en Thaïlande. Elle accueille majoritairement des enfants karen dont les parents ont été emportés par ces combats ou dont les conditions de vie au quotidien ne leur permettent pas d’élever un enfant. Certains sont également des enfants de travailleurs migrants venus de Birmanie pour trouver un travail en Thaïlande et ne pouvant pas assumer la charge d’un enfant. Bien qu’il n’existe aucun chiffre officiel quant au nombre de travailleurs migrants en Thaïlande, les ONG l’estiment à plus de un million. C’est ainsi que prolifèrent dans cette zone frontière les industries de textiles ou d’autres produits qui exploitent ces travailleurs, que se développe le trafic d’êtres humains et la prostitution parfois forcée de jeunes birmanes espérant trouver un travail meilleur en traversant la frontière. Les enfants qui ne travaillent pas ont parfois la chance d’être accueillis dans une école clandestine pour enfants de travailleurs migrants.


« La prison ou l’exil »
Parmi les opposants au régime militaire birman qui se sont exilés en Thaïlande certains sont d’anciens prisonniers politiques. La première vague d’opposants fuyant les persécutions de la junte birmane remonte à 1988, date du soulèvement populaire qui a été réprimé dans le
sang par l’armée. Pour mettre fin aux protestations des étudiants rejoints par la population à ravers tout le pays dès les mois de juillet et août 88, l’armée a orchestré un coup d’Etat et promis des élections libres.
Après cette prise du pouvoir par une nouvelle junte militaire, environ 10 000 étudiants et opposants ont fui pour éviter des interrogations et arrestations massives. Afin de rejoindre la égion contrôlée par les rebelles karen, ils ont traversé la jungle dans des conditions difficiles et pendant plusieurs semaines pour certains. Beaucoup ont contracté la malaria et d’autres maladies auxquelles ils ont parfois succombé. Les soldats karen leur ont ensuite appris à manier les armes puis ces étudiants birmans, désespérés de ne pouvoir apporter la démocratie dans leur pays de manière pacifique, ont crée leur propre armée (l’ABSDF – front armé des étudiants birmans pour la démocratie). Aujourd’hui cette armée s’est considérablement réduite, consciente que face aux 450 000 soldats de la junte birmane elle ne faisait pas le poids. Mais les opposants birmans continuent leur combat au sein d’ONG basées en Thaïlande telles que
l’Association des Anciens Prisonniers Politiques Birmans à Mae Sot. La deuxième vague d’opposants au régime date de 1990. Après les élections promises par la junte militaire et remportées à plus de 82% par la Ligne Nationale pour la Démocratie, au lieu de transférer le pouvoir, l’armée a mené une campagne de répression sévère contre les opposants n’ayant ainsi guère d’autre choix que la prison ou l’exil. Daw Aung San Suu Kyi, leader de ’opposition avait été placée en résidence surveillée dès 1989. Elle reçut le Prix Nobel de la Paix
en 1991. Pourtant, aujourd’hui, elle est toujours assignée à résidence à Rangoon et n’est pas autorisée à communiquer avec ses proches.
Ce ne sont pas moins de 1500 prisonniers politiques selon Amnesty International qui croupissent encore dans les geôles birmanes. Ainsi, par crainte d’être persécutés, de nombreux opposants ont fui en Thaïlande et dans les autres pays limitrophes et parmi eux des parlementaires démocratiquement élus lors des élections de 90. Ils ont alors formé un gouvernement en exil. Depuis ces deux dates, des opposants continuent d’arriver chaque année par cette frontière. Ils sont aujourd’hui plusieurs milliers à vivre en Thaïlande et à travers le monde. Certains attendent toujours de recevoir un statut de réfugié politique et tous rêvent de pouvoir retourner un jour dans leur pays et y vivre paisiblement.



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